Bénin et Togo renforcent leur souveraineté énergétique face aux crises régionales
L’instabilité chronique des approvisionnements énergétiques extérieurs pousse le Bénin et le Togo à renforcer leur collaboration. Les deux pays misent désormais sur une stratégie commune pour sécuriser leur avenir industriel et réduire leur dépendance aux fournisseurs étrangers.
Le 23 avril dernier, la panne majeure de la centrale d’Akosombo au Ghana a privé la région de 1 000 mégawatts, coupant net les exportations vers le Togo et le Bénin. Cet incident, parmi d’autres, illustre une vérité implacable : en cas de crise, chaque État priorise ses propres besoins énergétiques au détriment des voisins. Déjà en 2024, une défaillance du Gazoduc ouest-africain avait forcé le Togo à mobiliser 31 milliards de FCFA en urgence pour pallier le manque de gaz nigérian. Ces répétitions soulignent les limites d’une coopération énergétique jusqu’ici limitée à un simple transit, sans production autonome.
Adjarala : un projet structurant pour l’autonomie énergétique
L’urgence n’est plus seulement technique, elle est désormais stratégique. La solution passe par le barrage hydroélectrique d’Adjarala, sur le fleuve Mono. Ce projet, évalué à 266 milliards de FCFA pour une capacité de 147 mégawatts, promet une production stable sur trente ans, tout en irriguant 14 700 hectares de terres agricoles au Togo. Une avancée cruciale pour soutenir les ambitions industrielles des deux pays. La zone économique spéciale de Glo-Djigbé au Bénin, qui concentre des investissements dépassant le milliard de dollars pour la transformation du coton et du cajou, ainsi que la plateforme d’Adétikopé au Togo, ne peuvent plus dépendre de la bonne volonté de leurs voisins en matière d’énergie. Une intégration renforcée doit leur permettre de négocier en position de force avec les investisseurs étrangers.
Financer l’avenir énergétique par l’épargne locale
Face au désengagement progressif des bailleurs internationaux dans le financement des énergies fossiles, les deux pays réinventent leurs modèles de financement. Ils misent sur la mobilisation de l’épargne nationale à long terme, en sollicitant les Caisses Nationales de Sécurité Sociale (CNSS) et les compagnies d’assurances, dont les réserves sont actuellement placées à court terme sur des titres publics. L’émission d’obligations énergétiques communes, garanties par les deux États, pourrait, selon les analystes, convertir cette épargne sociale en un moteur puissant pour les infrastructures régionales.
Un rapprochement politique inédit pour concrétiser les ambitions
La visite officielle du président béninois Romuald Wadagni à Lomé, le 3 juin 2026, marque un tournant historique. Le communiqué conjoint signé lors de cette rencontre pose les bases d’une complémentarité économique renforcée et d’infrastructures interconnectées. Les deux dirigeants affichent une volonté commune : le Bénin s’engage à injecter 100 mégawatts supplémentaires tous les deux ans, tandis que le Togo vise l’accès universel à l’électricité d’ici 2030. Cette convergence politique ouvre une fenêtre d’opportunité unique pour enfin concrétiser une autonomie énergétique partagée.