Au Tchad, le ministre de la sécurité échange sur la montée des violences

Lors d’une séance dédiée aux défis sécuritaires, le général Ali Ahmat Aghabache, ministre tchadien de la Sécurité publique et de l’Immigration, a échangé avec les sénateurs sur la persistance des conflits et de l’insécurité qui secouent le pays.

Un dialogue urgent face aux tensions communautaires

Répondant à une question orale avec débat posée par le sénateur Mbaigolmen Sébastien, le ministre a abordé les violences intercommunautaires qui minent plusieurs régions tchadiennes. Sous la présidence du Dr Haroun Kabadi, président du Sénat, cette rencontre a permis d’évoquer des incidents récents : des affrontements meurtriers dans le Mayo-Kebbi Ouest et le Salamat en juin 2025, ainsi qu’un conflit similaire dans le Hadjar-Lamis le 4 novembre de la même année.

Un autre épisode tragique a marqué le Logone Occidental en mai 2025, où un conflit opposant éleveurs et agriculteurs à Mandakao a nécessité un accord signé en juillet pour apaiser les tensions. Le ministre a exprimé sa profonde empathie envers les familles frappées par ces violences, soulignant que « la douleur des victimes nous rappelle l’urgence d’agir ».

Les racines des conflits : entre ressources et tensions sociales

Le général Aghabache a identifié plusieurs facteurs clés expliquant l’escalade des violences :

  • Conflits liés aux ressources naturelles : Les dégâts causés par le bétail aux cultures pendant la saison des pluies transforment souvent des différends en affrontements violents, notamment dans l’est, le sud et le centre du Tchad.
  • Rareté des terres et de l’eau : La sécheresse et le changement climatique réduisent les pâturages, poussant les éleveurs vers le sud, où la pression sur les terres agricoles s’intensifie.
  • Vide juridique et absence de réglementation : L’absence de cartes claires des couloirs de transhumance et des droits fonciers alimentent les tensions entre communautés.
  • Croissance démographique et pression sur les écosystèmes : L’augmentation de la population accentue la demande en terres, en eau et en pâturages, créant des rivalités accrues.
  • Instrumentalisation politique des clivages ethniques : Certains acteurs exploitent les divisions tribales pour renforcer leur influence, aggravant les fractures locales.
  • Diversité ethnique et affaiblissement du sentiment national : Avec plus de 200 groupes ethniques, la prédominance des appartenances tribales affaiblit le lien citoyen et la cohésion nationale.
  • Influence des conflits régionaux : La circulation d’armes légères depuis les pays voisins aggrave l’intensité des violences traditionnelles.
  • Problématiques foncières et historiques : Les litiges liés à la propriété des terres et aux frontières sociales ont fait 318 morts et 315 blessés en 2025.

Des mesures concrètes pour restaurer la sécurité

Le ministre a rassuré sur l’engagement de son département, tout en reconnaissant que « aucune situation n’est totalement à l’abri de l’insécurité ». Il a insisté sur le rôle central de la prévention et des solutions politiques pour traiter les conflits à leur source. Les stratégies sécuritaires actuelles visent à contenir la violence et à créer un environnement propice à la réconciliation.

Parmi les actions menées entre 2024 et 2025, plus de 4 000 armes ont été saisies, et plus de 1 300 individus liés à des actes de banditisme ont été arrêtés. Des quantités importantes de drogues ont également été interceptées. Ces efforts ont permis de réduire les tensions dans des zones comme le Ouaddaï, où de nouveaux commissariats ont été créés à Abéché, améliorant la couverture sécuritaire.

Les sénateurs ont salué ces initiatives, tout en rappelant que le chemin vers une sécurité durable reste long. Ils ont également pointé des défis persistants, comme les enlèvements à rançon dans le Mayo-Kebbi Ouest ou les activités de groupes armés comme Boko Haram dans le Lac. La question des étrangers sans papiers présents sur le territoire a aussi été soulevée comme un facteur d’inquiétude.

Un appel à l’unité nationale

Pour aller plus loin, le général Aghabache a appelé les responsables locaux, les chefs traditionnels et les élus à renforcer la sensibilisation à la cohabitation pacifique. « La cohésion sociale est la clé pour éviter que ces conflits ne se reproduisent », a-t-il déclaré. La lutte contre l’insécurité, bien qu’indispensable, ne suffit pas sans une approche globale incluant éducation, médiation et justice sociale.