Au Mali, le groupe jihadiste jinm exploite l’or pour alimenter ses offensives
Au Mali, des jihadistes du Jnim surveillent une zone aurifère sous leur contrôle. © JINM

Au Mali, le Jnim impose sa loi sur les mines d’or et finance ainsi ses attaques

Dans les profondeurs du Sahel malien, les groupes armés jihadistes ne se contentent plus de menacer les populations locales. Ils étendent désormais leur emprise sur les ressources naturelles, transformant ces territoires en véritables bases logistiques pour leurs opérations. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), affilié à Al-Qaïda, a particulièrement ciblé les orpailleurs chinois opérant dans les régions aurifères du pays. Une stratégie qui leur permet de financer leurs offensives tout en affaiblissant les acteurs économiques étrangers.

Le Jnim, un acteur économique aussi redoutable que militaire

Les jihadistes du Jnim ne se limitent plus aux attaques armées. Ils ont développé un réseau d’extorsion sophistiqué, ciblant spécifiquement les entreprises minières chinoises installées dans les zones reculées du Mali. En échange de la « protection » de leurs sites, ces groupes imposent des rançons exorbitantes, souvent payées en or ou en devises. Ces fonds servent ensuite à recruter de nouveaux combattants, à acheter des armes et à organiser des attaques contre les forces maliennes et internationales.

Les témoignages d’orpailleurs ayant fui ces régions confirment l’ampleur du phénomène. « Ils viennent la nuit, armés jusqu’aux dents, et exigent une part de notre production », raconte un mineur ayant préféré quitter le pays. « Si nous refusons, ils sabotent nos équipements ou nous enlèvent ». Ces pratiques illustrent la manière dont les groupes jihadistes s’immiscent dans l’économie locale, déstabilisant les chaînes d’approvisionnement et alimentant un cycle de violence sans fin.

Une stratégie qui fragilise l’État malien et ses alliés

Cette mainmise sur les ressources aurifères représente un danger majeur pour les autorités maliennes, déjà en proie à une insécurité chronique. En contrôlant les mines, le Jnim prive l’État de revenus essentiels et renforce son influence sur les communautés locales. Les populations, prises entre deux feux, subissent des pressions constantes : soit elles collaborent avec les jihadistes, soit elles risquent des représailles de la part de l’armée ou des milices pro-gouvernementales.

Les partenaires internationaux du Mali, notamment ceux impliqués dans la lutte contre le terrorisme, voient aussi leur action compromise. Les fonds détournés par le Jnim pourraient servir à corrompre des fonctionnaires ou à financer des attaques contre les Casques bleus et les forces spéciales étrangères. Une situation qui souligne l’urgence d’une réponse coordonnée pour sécuriser les sites miniers et couper les ressources aux groupes armés.

Les Chinois, cibles privilégiées des groupes jihadistes

Les entreprises chinoises, présentes en grand nombre au Mali pour exploiter l’or, sont devenues des proies faciles pour le Jnim. Leur isolement géographique, combiné à leur manque de protection locale, en fait des cibles idéales pour l’extorsion. Contrairement aux grandes multinationales, ces petites structures n’ont souvent ni les moyens ni les réseaux pour se défendre efficacement.

Les autorités maliennes tentent de réagir en renforçant la sécurité autour des sites miniers, mais les résultats restent limités. Les attaques contre les convois et les enlèvements se multiplient, poussant certains investisseurs étrangers à quitter le pays. « Nous ne pouvons plus travailler dans ces conditions », confie un responsable d’une société minière chinoise. « Le risque est trop élevé, et les coûts de protection dépassent nos marges ».

Un enjeu économique et sécuritaire pour toute la région

La situation au Mali n’est pas isolée. D’autres pays du Sahel, comme le Niger ou le Burkina Faso, font face à des défis similaires. L’exploitation illégale des ressources naturelles par les groupes armés alimente un commerce illicite qui dépasse largement les frontières nationales. L’or, le coton ou même les produits agricoles sont monnayés pour financer des activités terroristes, créant un cercle vicieux de pauvreté et de violence.

Pour briser ce cycle, une approche globale est nécessaire. Cela passe par un renforcement des capacités militaires, mais aussi par un soutien aux populations locales pour qu’elles puissent résister à la pression des groupes armés. Les initiatives de développement économique et de gouvernance transparente pourraient également réduire l’attrait des jihadistes, en offrant des alternatives viables aux jeunes désœuvrés.

Que faire face à cette menace ?

Face à l’expansion du Jnim et à son emprise sur les ressources naturelles, plusieurs pistes sont envisagées. D’abord, intensifier les patrouilles militaires autour des sites miniers stratégiques pour dissuader les attaques. Ensuite, renforcer la coopération internationale pour traquer les réseaux de financement des groupes armés. Enfin, soutenir les communautés locales en leur offrant des alternatives économiques et en les protégeant des pressions jihadistes.

Le défi est de taille, mais il est essentiel de protéger non seulement l’économie malienne, mais aussi la stabilité de toute la région. Sans une réponse adaptée, le Sahel pourrait sombrer davantage dans le chaos, avec des conséquences désastreuses pour les populations et les investisseurs.