Arrestation de l’imam mohamad ishaq kindo au Burkina Faso : ce qu’il faut savoir

Arrestation de l’imam Mohamad Ishaq Kindo : une décision qui divise au Burkina Faso

Portrait de l'imam Mohamad Ishaq Kindo

L’arrestation de l’imam sunnite Mohamad Ishaq Kindo, figure religieuse influente du Burkina Faso, a suscité une vague d’émotions dans le pays. Interpellé mardi 26 mai à Ouagadougou par des forces de sécurité, son placement en détention reste entouré de mystère. Les circonstances de cette interpellation, ainsi que son lieu de détention, n’ont pas été officiellement communiquées par les autorités.

Deux jours avant son arrestation, l’imam Kindo avait exprimé des réserves publiques concernant le projet de loi sur les libertés religieuses, adopté le 19 mars dernier. Dans un enregistrement largement partagé, il mettait en garde les responsables politiques contre les conséquences de leurs décisions, tout en insistant sur la nécessité de préserver les pratiques religieuses dans l’espace public.

Une arrestation dans un climat tendu

Une source proche de l’imam a témoigné que l’interpellation s’est déroulée vers 14 heures, à la veille de la fête musulmane de l’Aïd. Les agents ayant procédé à l’arrestation étaient encagoulés et portaient des uniformes de police et de l’armée. Des fidèles présents sur place auraient tenté de s’interposer, entraînant des tensions et des blessés parmi eux.

La Fédération des associations islamiques du Burkina Faso (FAIB), dont l’imam Kindo était le président, a réagi en dénonçant une arrestation effectuée « dans des conditions non élucidées ». L’organisation a annoncé avoir engagé des démarches auprès des autorités pour obtenir des clarifications sur les raisons de cette détention et plaider pour une issue favorable.

Réactions immédiates et manifestations

La nouvelle de l’arrestation a provoqué une mobilisation rapide dans la capitale. Dès le lendemain, des centaines de personnes se sont rassemblées à Ouagadougou pour exiger la libération de l’imam. Les forces de l’ordre ont dispersé la manifestation à l’aide de gaz lacrymogènes, selon un témoin interrogé sur place.

La FAIB a appelé les fidèles à la modération, insistant sur la nécessité de « garder son calme et sa sérénité » dans ce contexte délicat. Malgré ces tensions, le calme est revenu après la prière de Tabaski, célébrée en début de semaine.

Un silence officiel inquiétant

À ce jour, aucune autorité burkinabè n’a officiellement réagi concernant le sort réservé à l’imam Kindo. Le président Ibrahim Traoré, qui s’est exprimé après la Tabaski, a surtout mis l’accent sur la lutte contre le djihadisme et les menaces pesant sur la stabilité du pays. Il a prévenu que toute action visant à déstabiliser les forces de défense ou à semer le trouble serait sévèrement punie.

Portrait officiel du président Ibrahim Traoré

Cette arrestation s’inscrit dans un contexte de tensions accrues autour du projet de loi sur les libertés religieuses. Adopté en mars, ce texte vise à encadrer les pratiques religieuses pour lutter contre les dérives observées sur les réseaux sociaux, notamment les discours de haine et les appels à la violence. Mariem Sanogo, directrice générale des Affaires religieuses au Burkina Faso, a souligné que cette révision était nécessaire face à la montée du radicalisme et de l’extrémisme violent.

Un texte controversé

Le projet de loi interdit notamment la construction de lieux de culte dans les bâtiments administratifs, à l’exception des hôpitaux, prisons et casernes. Cette mesure, justifiée par l’impossibilité d’offrir des espaces de prière équitables à toutes les confessions, a suscité des débats. Les autorités insistent cependant sur le fait que la prière en public reste autorisée, à condition de respecter les croyances d’autrui.

Depuis le coup d’État de 2022, le Burkina Faso est dirigé par un régime militaire. Les autorités justifient leur politique répressive, qui inclut des restrictions religieuses, par la nécessité de contrer la menace jihadiste qui touche une grande partie du pays. Pourtant, cette arrestation ajoute une nouvelle dimension à la crise politique et sociale que traverse actuellement le pays.